Billet d'humeur

Un courrier important à expédier. J'ai du temps avant mon prochain rendez-vous, je décide d'aller à pied à la poste de ma ville, à peu près à un quart d'heure de marche. Il fait beau en ce début de matinée, flâner dans les rues peu encombrées est plaisant.

Quelques minutes avant l'ouverture. Une vingtaine de personnes patiente devant la porte. Lorsque l'agent vient la déverrouiller, la plupart se précipite, sans doute dans un soucis de passer au guichet en premier, ou en deuxième, ou en quinzième...

Un homme âgé en déambulateur décline gentiment mon invitation à passer devant moi pour franchir l'entrée.

Je me dirige vers les affranchisseurs automatiques. Le mien démarre à peine, la mise en route informatique prend son temps. Je pose mon enveloppe sur le pèse-lettre, et attends les indications de l'écran. Devant l'appareil voisin, un homme un peu plus jeune que moi se crispe et rouspète, en soufflant bruyamment : « c'est pas possible, ce b----l, ça marche jamais, pfff ! -s'adressant à moi- il marche pas non plus le vôtre ?! ». S'agitant sur ses jambes, presque trépignant : « Allez, allez ! ». Tapotant l'écran avec frénésie : « Bon, ça y est ? Alleeeeeez, dépêche-toiiii ! ». Se tournant vers le client de l'autre côté : « Et le vôtre, il marche ? Ah ben vous avez de la chance ! Moi, c'est toujours pareil, tout'façon».

Pendant ce temps, les instructions s'affichent, certes à un rythme un peu plus lent que d'ordinaire. Il me semble que nos deux appareils suivent à peu près le même tempo. A la fois pour patienter et pour ne pas me laisser gagner par l'irritation de mon voisin, je place mon attention dans mes pieds, sentir le sol, les semelles de mes chaussures sous la plante, exercice que je fais très fréquemment dans des situations similaires. Quand la vignette d'affranchissement arrive, je la colle sur l'enveloppe, puis me dirige vers la boîte aux lettres... en même temps que mon voisin. Entrés au même moment, partis ensemble, nous avons vécu cela deux façons très différentes, je dirais presqu'opposées.

Je reprends tranquillement le chemin de mon bureau, réfléchissant à ce court épisode. Je n'ai pas d'avis sur le mode de réaction de ce client. Il fait sans doute du mieux qu'il peut, et je me souviens qu'en d'autres temps, j'aurais fait comme lui. Mais ce que je sais, c'est que je trouve beaucoup plus confortable d'accepter ce que je ne peux changer.*

*Prière de la Sérénité

Mon Dieu, Donnez-moi la sérénité D'accepter Les choses que je ne puis changer, Le courage De changer les choses que je peux, Et la sagesse D'en connaître la différence.

(attribuée à Marc-Aurèle)


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