Billet d'humeur

Article publié en juillet 2016 sur hypnoblog, le blog d'un hypnothérapeute

Je descends en voiture la rue Gambetta. Comme il fait beau, mes vitres sont grandes ouvertes. J’entends distinctement les bruits de la rue, commerçante et passante à cette heure-ci de la journée. Un ralentissement au rond-point plus bas… Je capte une exclamation :

« Mais non, bordel ! Je te dis qu’il faut qu’il passe prendre le petit dans une heure, il faut le déposer à la garderie ! Mais explique-lui, merde ! Ah, mais putain, tu comprends vraiment rien ! »

Le ton est courroucé, la voix très forte. Je me tourne vers la direction d’où émane cette diatribe. L’homme qui la prononce est seul, debout arrêté sur le trottoir, un téléphone à l’oreille. Puis il s’éloigne en poursuivant sa conversation dont je ne perçois plus les mots, mais seulement la colère. Sans doute ce piéton n’a-t-il pas conscience que toute la rue ou presque entend sa conversation, concentré qu’il est sur la voix de son interlocuteur. 

Il est vrai qu’un téléphone portable crée une proximité, une bulle, dans laquelle il est facile de s’extraire du monde extérieur, amnésiant littéralement l’environnement. Si les progrès techniques ont considérablement amélioré notre univers quotidien, ils ont également modifié nombre de nos comportements. Ce qui auparavant se passait dans l’intimité, aujourd’hui s’exporte, se dévoile, s’expose, se montre au grand jour… Avec une conséquence, l'empiétement sur la liberté de l’autre. Qu’un individu ne voie pas d’inconvénient à clamer ses problèmes sur la place publique est une chose – sans doute, outre l’absence de confidentialité créée par sa conversation, n’est-il pas trop soucieux non plus des nuisances sonores d’une façon générale – mais est-on vraiment obligé de supporter cette impudeur ? Il y a cette expérience amusante d’un Youtubeur qui se fait filmer assis à côté de personnes téléphonant bruyamment dans des lieux publics, les imitant, répondant à leurs dialogues, parlant plus fort qu’elles, pour leur faire prendre conscience de la pollution sonore qu’elles produisent. L’espace public est désormais une extension de l’espace privé, au risque que la vie privée devienne une vie privée... d’espace.


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