Billet d'humeur

Hier soir en revenant de la plage - eh oui, d’aucuns diront que j’ai de la chance de vivre dans une région littorale, à quoi je réponds que ce n’est pas de la chance mais un choix de vie – hier soir, donc, peu de voitures circulent, c’est soir de finale, nous avons pris notre temps, certains ainsi d’échapper à la cohue de fin d’après-midi. Il y a ce feu tricolore à deux voies. Après lui, la route rétrécit pour n’en former qu’une seule. Lorsque je parviens jusqu’à lui, il est au rouge. Il y a quelques véhicules dans la file de droite. 

Machinalement et parce que je discute avec mes passagers, je me place en tête de celle de gauche. Le conducteur de la voiture voisine me regarde, avec comme une sorte de défi dans les yeux, confirmé par quelques coups d’accélérateur appuyés. Comme s’il cherchait à me montrer qu’il démarrerait le premier, quoi qu’il arrive, et que je ne le dépasserais pas…Tout ceci se déroule sur quelques secondes, rien dans cette situation n’est réfléchi, seuls sont à l’œuvre des pensées automatiques, des comportements réflexes. Je comprends qu’en m’installant là, j’empiète sans doute sur ce qu’il considère être son territoire, son droit à circuler librement, sa légitimité à être le premier… Telle n’était bien sûr pas mon intention. Mais en une fraction temporelle, je m’interroge sur ce qui fait que je me suis placé là, plutôt que de rester à l’arrière de la file de droite. Sans doute moi aussi ai-je le besoin inconscient d’être le premier à démarrer, ou de gagner du temps pour rentrer chez moi plus rapidement. Mais honnêtement, qu’est-ce que quelques millisecondes récupérées me feraient-elles gagner, vraiment ?

J’en suis là de mes observations lorsque le feu passe au vert. Mon voisin joue de l’embrayage pour prendre de la puissance de moteur et démarre en trombe, faisant crisser ses pneus. Bon prince, je le laisse à sa fureur, et je démarre doucement, comme pour bien lui montrer à quel point je n’entre pas dans son jeu. Je me sens contenté d’autant de lâcher-prise. Je me félicite intérieurement, je ressens une forme de fierté à ne pas m’être laissé piéger par mon égo… Et au bout de quelques secondes, je m’aperçois que cette fierté est justement le piège dans lequel je suis tombé. Lui montrer délibérément mon détachement est la réponse de mon égo aux manifestations du sien. Je ne suis finalement pas plus détaché que lui !

Vert, rouge, deux couleurs, deux faces d’un même attachement à « vouloir ». J’ai décidément encore du travail !...

Et vous ?...


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