Parlons d'hypnose

Passer un jour entier en se laissant guider uniquement par un sens, celui de l'odorat.

Être attentif, le plus possible, aux odeurs, parfums, effluves.

Je n'ouvre pas encore les yeux et me centrant sur les narines, je prends conscience de la chaleur un peu lourde que les heures de sommeil ont laissé dans la chambre, les traces olfactives des corps abandonnés à Morphée.

Entrant dans la salle de bain, une multitude odorante me saisit : crèmes de jour, savon, mousse à raser, shampoing, déodorants, eaux de toilettes, dentifrices... Presqu'impossible de les identifier toutes.

Au petit déjeuner, pour l'occasion, être présent à l’acidulé du jus d'orange, à l'odeur salivante du pain grillé. Ouvrir la confiture de framboise, et laisser venir des prémisses d'été.

Un tour sur la terrasse avant de partir. Sentir, vraiment sentir le printemps ! Vous n'avez pas remarqué que les saisons nous parlent aux sens ? Le printemps fleure bon l’aubépine et le chèvrefeuille, l'herbe coupée, et le soleil d'hier qui a imprégné la palissade...

Plus tard dans la rue, marchant, accueillir les échappements de la ville qui me font apprécier d'habiter en campagne. Passer devant une boulangerie, l'odeur chaude du pain frais. L'étal du primeur où domine le parfum de banane

Au travail, accompagner des êtres humains, chacun portant, selon, son odeur, prégnante ou discrète, son parfum, artificiel ou naturel, son histoire. Les peurs, les tristesses, les espoirs, les sourires et les larmes laissent une trace olfactive. Avoir parfois le besoin de renouveler l'air du bureau de ses tensions et émotions, même si la cour envoie par la fenêtre une effluve de bitume et gas-oil chauffée de soleil. Dans la salle d'attente, des huiles essentielles de détente, pour soigner l'accueil...

Midi, la pause, en fermant la porte du cabinet, être envahi par les appétissantes odeurs de la pizzeria toute proche, et entendre mon estomac répondre... A la maison, dans l'entrée, tenter de deviner le repas. Ah, du poisson, mais lequel ? Du cabillaud. Mon nez n'est pas assez affûté pour faire la différence avec d'autres. Puis le carré de chocolat, avant de le mettre en bouche, le respirer pour profiter davantage.

L'incontournable marche rapide du début d'après-midi mène mes pas sur ce petit chemin si riche en parfums. A nouveau les végétaux, mais cette fois-ci, les odeurs un peu cuites par le zénith, plus présentes, plus stimulantes encore. Et très près, le canal que je longe laisse monter ses effluves un peu marécageuses, presque grenouillesques.

En préparant ma guitare pour la répétition, sentir sur mes doigts l'odeur métallique des cordes qu'il convient donc de lustrer. Avant de la housser, mettre mes narines tout contre son bois de palissandre aux accents de miel. Dans les couloirs du Conservatoire, mon nez capte au passage les angoisses des petits candidats à l'examen de violon qui attendent leur tour.

Puis le soir venant, plonger à pleines brassées d'air dans le linge séché sur la terrasse. Oui, cette odeur du soleil si caractéristique... Quelle joie !

Un jour entier à être attentif à fêter mon odorat ! Il mérite que je m'intéresse à lui, que je le remercie d'être un acteur émotionnel si puissant de souvenirs et d'expériences...


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