Car nés du voyage...

A la recherche du diamant vert, un trésor du Québec, un lac au milieu d’une forêt de nulle part, nulle part à 40 kilomètres de la localité la plus proche. Une quête de silence, de calme, de sapins et d’érables. Un lac à la couleur sombre, presque noire, à la surface lisse comme un miroir, un lac dans lequel se reflètent, et qui le bordent, les mêmes arbres d’un vert profond, contrastant avec l’azur parfait du ciel lumineux. Un refuge, un chalet, une cabane au Canada que ne renierait pas la chanson, un canoë glissant sans bruit… Ce à quoi rêvent certains visiteurs français, dont je fais partie. Tels sont les désirs que je réalise en me perdant ici, après quelques heures de route à peine goudronnée et quelques demi-heures de chemin caillouteux. 

Cet immense pays imaginé, fantasmé par les européens est à la hauteur du rêve. Comme pour tout ancien adolescent grandi dans des envies d’Ouest Lointain, il y a aussi dans cet onirique contenu, l’histoire, les racines de ses habitants, dont les ancêtres sont venus depuis chez nous conquérir cette contrée, les découvertes géographiques, les rencontres avec les peuples autochtones, les aventures des coureurs des bois, des prospecteurs, des trappeurs, les mélanges culturels, les métissages ethniques, l’accent et la spontanéité des échanges, la gastronomie et les paysages immenses, les animaux mythiques…

A chacun ses rêves. Les Québécois rencontrés au cours de mes pérégrinations, eux, semblent rêver d’autre chose. Ils sont curieux et désireux de connaître la France. C’est la première destination souhaitée par les Québécois, lorsqu’ils parlent de découvrir l’Europe. Pour voir les monuments, Paris, bien sûr, les régions réputées comme l‘Alsace et le Bordelais, la Bretagne ou la Côte d’Azur, ou pour les vignobles prestigieux. Pourtant l’hexagone est minuscule comparée à leur territoire. Mais ce dont ils rêvent surtout dans ce désir de France, c’est de sécularité. C’est vraiment ce qui émane des conversations. Il semble que nos amis de la Nouvelle France soient en carence historique. Leur pays a moins de 400 ans (et pourtant déjà 400 ans), et ils souffrent d’un complexe d’ancienneté. Ils se sentent trop jeunes. Ils sont en manque d’Histoire. Leur quête est donc une quête de racines. C’est la raison pour laquelle, semble-t-il, ils sont tellement attachés à leur langue – notre langue, cernés qu’ils sont par l’anglophonie. C’est le seul patrimoine qu’ils peuvent revendiquer, dont ils peuvent s’enorgueillir. Ils aiment les Français pour leur accent (nous avons un accent, nous ?!) comme nous trouvons le leur si charmant ; ils les apprécient pour leurs paysages, sans doute aussi exotiques pour eux que les leurs pour nous. Mais ils nous aiment surtout pour ce que nous possédons et qui leur fait défaut : un ancrage, un passé millénaire qu’ils n’ont pas encore.

Finalement, nos rêves se croisent, se télescopent, se complètent. Chacun sur son bord de l’océan regarde l’autre, celui d’en face, comme quelqu’un qui possède ce que lui-même convoite. N’est-ce pas là, la nature même de l’être humain, son moteur de développement et également, son pire défaut ?...


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